Victime, elle est devenue coupable, par Carmen Rodriguez
mardi 2 mars 2010
La proposition de loi “renforçant la protection des victimes et la prévention et la répression des violences faites aux femmes”, présentée suite au travail de la Mission d’information sur les violences faites aux femmes, sous la présidence de la députée PS Danielle Bousquet, propose différentes mesures qui constituent des avancées importantes dans la lutte contre les violences faites aux femmes.
Cette proposition de loi prévoit notamment la création d’une ordonnance de protection pour les femmes victimes de violence ou menacées de mariages forcés et l’obtention d’un titre de séjour pour les femmes étrangères et victimes de violences, qu’elles soient en situation régulière ou non.
La pertinence de cette proposition vient d’être confirmée dans le Loiret par le cas de Najlae, 19 ans, qui a fui le Maroc afin d’éviter un mariage forcé. Hébergée en France par son frère, elle a été maltraitée et battue. La dernière fois avec une telle violence qu’elle a eu une incapacité de travail de 8 jours. Elle s’est alors présenté à la gendarmerie pour déposer une plainte. Le gendarme qui l’a reçu a prévenu la préfecture et l’a placé en garde-à-vue. Étant sans-papiers, elle a été expulsée, vers le Maroc où elle a été à nouveau arrêtée dans l’attente d’un jugement. De victime, elle est devenue coupable.
En 2010, alors que la lutte contre les violences faites aux femmes a été déclarée grande cause nationale par le gouvernement, on continue à maltraiter impunément les femmes et notamment les femmes étrangères. Les victimes sont éloignées du droit car elle ne peuvent avoir accès aux protections nécessaires.
Les annonces de la droite ne sont pas crédibles. Alors que le gouvernement affirme vouloir défendre les femmes victimes de violences, celles qui ont le courage de s’élever contre ces violences et de se plaindre auprès des autorités françaises risquent d’être expulsées ; parfois vers les pays qu’elles ont fui pour ne pas subir de mariage forcé, d’excision ou d’autres atteintes physiques.
Cette expulsion (et tant d’autres) est en contradiction avec les principes des Droits de l’Homme, en contradiction avec les voeux pieux exprimés par le gouvernement sur la lutte contre les violences faites aux femmes. Cela démontre le besoin de maintenir dans la future loi les propositions faites par les socialistes en ce qui concerne le sort des femmes étrangères. Nous devons défendre toutes les femmes.
